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Publié le 21 Avril 2021

Le métro aérien suspendu de Châteauneuf-sur-Loire

La décennie 1960 est une période innovante et florissante pour le développement, la conception, la réalisation et l'expérimentation de nouveaux types de transports en commun en France. Outre l'aérotrain de l'ingénieur Jean Bertin au nord d'Orléans, un autre grand projet d'envergure internationale va débuter dans le Loiret à Châteauneuf-sur-Loire, à la toute fin des années 1950 : le métro aérien suspendu.

Employé de la Banque de France, passionné d’astronomie et cinéaste amateur, Bernard Luizard fait partie d’une association d’astronome amateurs qui le même jour fait la visite de la station radioastronomique de Nançay (dans le Cher) et des installations du métro aérien suspendu à Châteauneuf sur Loire. C'est ainsi qu'il a tourné ces images au format 8 mm.

Les études pour le métro aérien suspendu débutent en 1958. Elles sont pilotées la Société Anonyme Française d'Études de Gestion et d'Entreprises (SAFEGE), un bureau d'études, filiale de la Lyonnaise des Eaux. Il a pour mission de piloter un rassemblement d'entreprises françaises comme Baudin-Châteauneuf, Alsthom, Michelin, la Régie Renault ou la SNCF, dans le but d'étudier, de breveter, de fabriquer et de conduire les essais d'un métro aérien d'un nouveau type.

Entre janvier 1959 et février 1960 toutes les fabrications sont effectuées (structures, voie, véhicule, hangar, aiguillage, signalisation...). C'est sur la propriété de l'entreprise Baudin-Châteauneuf que sont construits le garage du véhicule et l'alimentation en électricité. La voie d'essai, d'une longueur de 1 334 m, est, quant à elle construite sur un terrain loué à la SNCF, le long de la ligne de chemin de fer Orléans-Gien.

La visite de George Christopher, maire de San Francisco, le 23 février 1960, est la première d'une longue série de personnalités étrangères et françaises à s'intéresser aux innovations techniques que proposent le métro aérien suspendu de Châteauneuf-sur-Loire. En parallèle, les travaux de finition et d'amélioration se multiplient, de même que les essais en fonctionnement. 

Le 21 janvier 1961, M. Basu, maire de Calcutta visite le métro aérien à Châteauneuf. Le 7 juin 1961, c'est une délégation d'élus de la région parisienne qui fait la visite de la ligne d'essai. Le 8 juillet 1961, c'est au tour de Gérard Jacquet, ministre des Transports. Le 6 mars 1964, Nicolas Podgorny, premier secrétaire du Parti Communiste soviétique, rejoint la liste des personnalités qui visitent le métro aérien suspendu de Châteauneuf-sur-Loire.

Malgré l'engouement, le milieu des années 1960 va marquer le déclin du métro aérien. En 1965, deux projets d'équipements de lignes du métro parisien et de la banlieue parisienne sont abandonnés (ligne entre Livry-Gargan et Clichy-sous-Bois et entre Charenton et Créteil). C'est d'ailleurs à cette période (en 1966 exactement) que François Truffaut tourne des prises de vues dont certaines séquences se retrouveront au montage final de son film "Farenheit 451".

Entre 1967 et 1971, le métro et sa ligne sont démantelés. En 1971, les reste de la ligne d'essai et des aiguillages sont détruits. En mai 1972, la cabine finit chez un ferrailleur du Loiret à Huisseau-sur-Mauves.

En 1994, elle est rapatriée par Michel Guérin, maire de Saran, ancien cheminot et président de l'ARSATI (Association pour la Réhabilitation du Système Aérotrain et des Transports Innovants) dans un hangar des services techniques de la ville de Saran.

L'ARSATI, dont le projet est la création d'un musée, est dissoute dans les années 2000. L'histoire du métro aérien suspendu de Châteauneuf-sur-Loire s'achève.