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Publié le 29 Janvier 2020

Plein cadre à l'Est : Le Japon par André Farges-Fieyre

Vous êtes-vous déjà interrogés sur la vie à l'Est du monde ? N'avez-vous jamais imaginé déambuler dans les rues au Pays du Soleil Levant ? André Farges-Fieyre nous y invite en 16 mm. Bienvenue à bord, prenez place, direction le Japon. Vous voilà embarqués dans cette archive dépaysante et riche d'enseignement. 

André Farges-Fieyre nous amène, dans sa valise, caméra 16 mm au poing et commentaire à l'appui. Il scrute chaque recoin de cette péninsule japonaise. Comme tout bon cinéaste, il se joue du montage mais c'est pour mieux nous accompagner. Alors que la caméra se fixe sur un décollage d'avion, le plan suivant nous fait découvrir la vue du hublot. En une fraction de seconde, nous voilà dans les airs à fixer l'horizon. Grâce au langage cinématographique, le voyage commence.

André Farges-Fieyre est né le 20 octobre 1913 à Beaulieu-sur-Dordogne (19). Son père, Auguste François Farges, instituteur, est mort durant la Première Guerre mondiale. Sa mère se nommait Pauline Marguerite Raymond. Il fait ses études en pharmacie à Paris où il rencontre Eliette Roth, elle-même étudiante et docteur en pharmacie, qu"il épouse le 9 novembre 1940 à Meudon Bellevue, dans l'ancien département de Seine et Oise (Hauts de Seine). Il s'installe comme pharmacien à Tours dans le quartier Velpeau, à l'angle de la rue de La Fuye et de la rue du Docteur Fournier (la pharmacie existe toujours). Il aura trois enfants, dont la mère de la déposante, Sophie Le Berre. Il commence à filmer très tôt en 16mm, de manière totalement autodidacte.

Après plus de dix heures de vol au-dessus des déserts de glace du Pôle Nord à bord d'un Boeing immartriculé F-BLCB, autrement nommé "Château de Chantilly", une escale sur le tarmac d'Anchorage (Alaska) s'impose. C'est alors qu'André Farges-Fieyre en profite pour nous faire vivre l'embarquement, habile procédé de mise en scène pour nous faire patienter avant l'atterrissage à Tokyo. Petit détail : André Farges-Fieyre n'est pas le seul caméra à la main. Il en profite pour filmer un autre filmeur, une vraie mise en abyme de l'imageur imagé. 

Un carton et une musique d'ambiance annoncent l'arrivée en nippone. Ce Portrait en couleurs débute par les rues de Tokyo et nous ouvre les portes du palais impérial, symbole ancestral de la ville. Mais Tokyo dans les années 60, c'est avant tout l'urbanisme galopant et la vie perpétuelle dans cette ville lumière qui ne dort jamais. Andrès Farges-Fieyre nous embarque dans ce mouvement continuel, contraste marquant entre la tradition et le modernisme dont la Tour de Tokyo en est alors l'emblème. 7,6m de plus que la tour Eiffel, elle représente la fierté des japonais et permet la diffusion du réseau télévisuel à l'ensemble des tokyoïtes.

Par son commentaire, André Farges-Fieyre nous fait sentir, toucher et entendre les subtilités de cette ville d'alors 12 millions d'habitants qui en compte aujourd'hui pratiquement 2 millions supplémentaires. Nos sens sont en éveil, et chaque plan nous en apprend un peu plus. Sa voix taquine s'entremêle aux images, il n'hésite pas à soulever nos différences d'us et coutumes, comme ici avec quelques notions sur le mariage et le tsuno-kakushi qui n'aura plus de secret pour vous.

                        

"Ne rien voir, ne rien dire, ne rien entendre", ceci n'est autre que la maxime provenant des singes de la sagesse visibles au sanctuaire de Toshogu, dans lequel André Farges-Fieyer s'arrête quelque peu. 

Mais le voyage ne s'arrête pas là. Partons direction Osaka où le cinéaste va nous faire successivement découvrir le port de Kobé, l'île de Shikoku, le plateau de Yashima et la parc Ritsurin. André Farges-Fieyre nous prouve qu'il maîtrise l'art de montage et les codes du documentaire. Il enchaîne champ-contrechamps, panoramique, caméra embarquée (bateau, train, bus). Chaque détail est ici capté, rien n'est laissé au hasard et il n'en faut pas moins pour restituer les 16 000 km² de la Mer intérieure qui réunit harmonieusement la terre et l'eau. Le cinéaste nous fait ici état des traits de caractère des japonais. "Respectueux, fin gastronomes et très propres", ils sont avant-tout très gros consommateurs de produits de la mer. Il est dit qu'ils consomment le quart du poisson pêché dans le monde.

La musique, très caractéristique de ces contrées éloignées, nous rappelle que le voyage n'est pas terminé. Elle accompagne la narration et appuie le propos du réalisateur. Le cadre est alors complet et le voyage n'en est que plus confortable. Comme les pèlerins, bâton à la main, le trajet continue et nous amène à Kyoto, ville "calme et propre" selon les dires du cinéaste. Cependant, les images ne trompent pas et nous pouvons constater que le propos est à nuancer, bruit et cohue de la route sont bien présents. Encore une fois, modernisme et tradition cohabitent pour le plaisir de nos yeux. Avant le départ, petit détour par un ryokan (auberge traditionnelle) où les plaisirs du thé ainsi que la tradition de l'ikebana nous sont contés. 

                           

Enfin, dernière escale, et non des moindres: Nara, avec le temple Todaiji et son colossal Bouddha datant du VIIIe siècle, le lac Ashi et le mont Fuji. De retour à Tokyo avant le retour, rien de tel qu'une virée de nuit dans ce décor tiré d'un film futuriste. Au programme de ces derniers plans : spectacle de danse traditionnelle bugaku, marionnette et geisha.

Après ce long périple, le voyage s'arrête ici : direction la région Centre-Val de Loire. André Farges Fieyre a beaucoup tourné à l'étranger, comme en Ecosse, à Hong Kong, en Grèce ou bien encore en Norvège. Ciclic Centre-Val de Loire possède ce fonds depuis 2017 et continue le travail de découverte de ce réalisateur amoureux du 16 mm. Bon retour à la réalité, et à très vite pour d'autres périples.  

Voir le film original