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Publié le 24 Décembre 2012

Les années folles du Pathé Baby

Le Pathé-Baby ? C'est le nom donné par la société Pathé Cinéma à un projecteur miniature, commercialisé pour la première fois en décembre 1922, pour les fêtes de Noël.

Un petit projecteur

Ce "petit cinématographe" mesure 32 centimètres et permet de regarder chez soi des films longs de 9 mètres (entre 1 min et 1 min 30 de projection). Simple d'utilisation, il est conçu pour être "au besoin, confié à des enfants". L'appareil utilise de la pellicule large de 9,5 mm, entraînée grâce à une perforation centrale. Dès 1922, près de 200 titres sont disponibles. A cette date, le projecteur Pathé Baby est vendu 275 francs. Les familles aisées des "années folles" peuvent ainsi découvrir à la maison des documentaires, des films à trucs, des films burlesques avec Charlot ou Max Linder, des fables, des dessins animés (Felix le Chat par exemple) ou encore des films religieux. Chaque film est vendu 5 francs. Certains sont mêmes coloriés au pochoir et proposés au prix de 6 francs.

Un appareil "sans danger". Les films tournés à partir de 1894 et 1895 utilisent de la pellicule en nitrate de cellulose, dite aussi "celluloïd" ou "film flam". Ce type de pellicule était particulièrement inflammable. Dans les premières années du cinéma, de nombreux accidents ont entraîné des incendies. Lorsque Pathé Cinéma lance dès 1912 son premier appareil à destination des particuliers, le Pathé Kok, la société vante les mérites "d'un film éminemment ininflammable et incombustible". Il s'agit d'une pellicule "non flam" en diacétate de cellulose. Cette innovation technique sera reprise pour le Pathé Baby.

Une caméra à manivelle

A partir de 1924, les particuliers peuvent également acquérir une caméra pour tourner leurs propres films. Le film vierge, de 9 m de long, est conditionné dans un chargeur métallique à insérer dans la caméra. Pathé se charge du développement. La caméra est vendue 350 francs. Elle est livrée avec un pied. En effet, comme l'entraînement du film est assuré grâce à une manivelle (il faut faire deux tours en une seconde), pour éviter les flous, il est nécessaire d'immobiliser la caméra.

 Cette contrainte marque l'esthétique des premiers films tournés par les amateurs. Ce sont souvent des plans fixes, des plans séquences un peu à la manière des premières vues Lumière. Vers 1925, toute la cueillette du tilleul dans le jardin de Ballan-Miré est ainsi filmée du même point de vue. Comme la prise de vue est courte, les apprentis cinéastes imaginent également souvent des mises en scènes à chaque nouvelle vue. Regardez par exemple cette ascension collective de gros rochers sur une plage bretonne !

La découverte du trucage

  Avec la petite caméra Pathé-Baby, les cinéastes amateurs imaginent leurs  premiers trucages. Disparitions et apparitions fantomatiques deviennent possibles ! Sur un mystérieux ponton, des personnes se présentent à la caméra et disparaissent. Dans un jardin, ce sont des petits cyclistes qui vont et viennent à l'image.  

 

Un système d'encoche très ingénieux

 Le projecteur Pathé-Baby est équipé d'un système permettant d'obtenir des "arrêts sur image" pendant la projection. Quand l'appareil repère une encoche sur la pellicule, il s'arrête sur une même image pendant quelques secondes. Ce système a été imaginé par les ingénieurs de Pathé Cinéma pour permettre d'économiser de la pellicule pour les titres (grâce à ce procédé, au lieu de plusieurs dizaines, seules trois images suffisent pour qu'un titre ou un intertitre soit lisible). En découpant eux-mêmes des encoches, les cinéastes amateurs ont exploité cette caractéristique pour leurs propres titres, mais aussi pour mettre en valeur un détail architectural (voir le film de Robert Laillet sur Chartres en 1924) ou faire des portraits (comme l'Abbé Sorand filme les enfants de Nogent-le-Rotrou en 1927).

Des films de famille, des documentaires et une fiction !

 Dans les années 1920, les pionniers du Pathé-Baby filment bien sûr leur famille, les enfants, les vacances et les excursions à l'étranger. Camille Blanchard, dentiste de Châteauroux, immortalise une fantasia au Maroc. Un jeune médecin militaire envoyé à Madagascar fait tout spécialement l'acquisition d'une caméra pour filmer sa vie quotidienne dans cette terre lointaine, ses loisirs, des manoeuvres militaires, la vie locale. D'autres s'essayent à la réalisation de véritables petits documentaires (visite du barrage d'Eguzon en 1926 ou du château de Valençay la même année). En 1924, Jean Laillet, le fils du photographe chartrain Robert Laillet, imagine même avec quelques amis une petite fiction inspirée par les films burlesques des années 1910 : "Rêve d'ivrogne".

A vous les années folles !