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Publié le 30 Mars 2021

Carnet de résidence à Issoudun - Pierre Primetens est la Photo Retrouvée

La résidence de création à Issoudun bat son plein, Ciclic Centre-Val de Loire, en partenariat avec Bip TV, mène la danse pour que l'archive d'hier prenne vie dans les mains de réalisateurs d'aujourd'hui mais aussi de demain. En 2021, c'est Pierre Primetens, réalisateur franco-portugais, qui nous fait l'honneur de résider au sein des archives du film amateur pour faire naître son projet : La Photo retrouvée.  

"Dans mon enfance, j’ai vécu des évènements traumatisants, subi des actes de maltraitance, qui ont impacté mon être à jamais. J’ai passé ma vie à ressasser ces instants, à tenter d’en comprendre le sens, dans le but de rester vivant. J’arrive aujourd’hui à déchiffrer cette histoire et à désirer la raconter. Mais je n’ai quasiment pas d’image de mon enfance, ni de ma famille. Alors je décide d’emprunter celles des autres…" - Pierre Primetens.

C'est ainsi que débute la quête de Pierre P. Une mémoire partielle, une envie de connaître, de découvrir et enfin une volonté de mettre des images sur des souvenirs volés. Revenons quelque peu en arrière pour comprendre la trajectoire d'un réalisateur à la recherche d'un devenir. Pierre P. est né le 22 avril 1974, à Saint-Cloud, il passe les premières années de son enfance à Chaville, non loin de Versailles, et fait régulièrement des séjours familiaux au Portugal, jusqu'à la mort de sa mère. Sa vie prend alors un autre tournant. Son père devient son seul prescripteur jusqu'à ses dix-sept ans. Après des études d'arts plastiques et une licence de cinéma à l'université de Paris VIII, il commence sa vie professionnelle dans le monde de l'audiovisuel.

Son oeuvre cinématographique et sa vie s'entrecroisent, se répondent puis s'éloignent pour mieux revenir sous d'autres formes. C'est lors d'un voyage au Portugal que Pierre P. devient cinéaste. En 2000, il entreprend un premier travail d'introspection par le biais du "journal intime", il réalise Un Voyage au Portugal sans l'aide d'une production et avec son seul désir. Dans un entretien, il dit : "J'avais envie de faire un film le plus fort possible avec le moins d'argent possible." Ce film sortira peu de temps après avoir reçu le soutien d'une production, il aura une première vie sur Canal+ dans le cadre d'une soirée sur les journaux intimes filmés... Le parcours de Pierre P. vers Ciclic Centre-Val de Loire débute ici.

Plusieurs années après et quelques travaux réalisés, Pierre P. souhaite boucler ce qu'il nomme sa "trilogie autobiographique" et revient sur sa "comédie humaine", son histoire de vie. Le film que l'on nomme la Photo Retrouvée voit le jour. Mais comment construire un récit sur son passé sans archives ni mémoire des évènements ? Comment construire du réel sans souvenirs de cette vie ? 

 

La Photo Retrouvée est un long métrage documentaire produit par Night Light et Perspective Films. Le projet a obtenu l'aide à l'écriture et résidence à Ciclic Centre-Val de Loire / Aide à l’écriture TV7 Bordeaux / Aide à l’écriture Brouillon d’un Rêve – SCAM / Aide à l’écriture et au développement de la Région Nouvelle-Aquitaine / aide à l’écriture, au développement et au développement renforcé du CNC.

Pour bien comprendre le cheminement de Pierre Primetens, Ciclic Centre-Val de Loire vous invite à son entretien :

Pierre P. pouvez-vous nous en dire plus sur cette Photo Retrouvée ?

"C'est une image, souvenir égaré que j'ai retrouvé sur laquelle je suis tombé par hasard. Elle provient du mariage de ma mère là où tout a commencé. En effet, ma mère, portugaise, a été mariée à un inconnu à distance. Cet inconnu était portugais... Elle se séparera de cet homme puis elle rencontrera mon père français. Voici le prologue de mon récit." 

Pierre P. pouvez-vous nous parler de la naissance de votre film ? 

"Après une phase d'accalmie, le sujet familial est revenu à la surface comme décrypté. J'ai alors tout de suite eu l'envie d'en faire un objet construit et structuré. Je ne suis pas écrivain, il était impossible pour moi de coucher ce récit sur le papier. J'ai donc fait ce qui me paraissait naturel, faire un film. Comme je n'avais pas de souvenirs, j'ai dû partir à la recherche de récits familiaux et utiliser les images des autres pour faire mémoire. C'est ainsi que le postulat du film est né. Mon histoire débute avec une photo (retrouvée) et s'émancipe par les souvenirs des autres.

Suite à mes recherches, j'ai pu identifier les fonds de Ciclic Centre-Val de Loire et le dispositif de résidence. Après une première phase de visionnage, j'ai compris que j'étais au bon endroit. L'archive est une histoire de la mémoire, du regard. C'est un peu de sociologie, d'anthropologie mais aussi d'Histoire de France."

Pierre P. quel est votre rapport à l'archive ? Comment travaillez-vous avec ce support ? Est-ce un besoin ou bien une envie ?

"Un besoin. Comme je l'ai évoqué, je suis parti d'une incomplétude sur mes précédents travaux. Il me fallait revenir sur cette histoire avec un regard d'adulte. Le personnage du récit subit, réagit, il fait oeuvre. C'est d'ailleurs l'oeuvre qui sauve le personnage. 

J'adore regarder les archives, c'était essentiel de passer par un temps de résidence au sein d'un centre, ici Issoudun. Il est important de discuter, d'apprendre à regarder les images, à les sélectionner. C'est d'ailleurs ma façon de procéder, je regarde en accéléré les archives. Fréquemment, je suis subjugué par leur beauté, je m'arrête alors et je prends note afin de compléter mon récit.

Pour compléter, je dirai que les images sont des protagonistes du film. Je me mets en écoute flottante, les images parlent alors à mon inconscient. Je découvre beaucoup d'images sonores, elles s'incarnent très fortement. Je veux créer un tissage entre l'histoire du film et les images d'archives. C'est un film à plusieurs entrées qui privilégie l'interconnexion."

Pierre P. qu'est-ce qu'un film de famille pour vous ? 

"C'est un support qui apporte beaucoup de chose. Je suis souvent ému, triste ou bien joyeux. Le film de famille est le corps de mon récit, de mes personnages. Cela fonctionne comme un effet miroir sur notre soi." 

La collection de Ciclic Centre-Val de Loire compte près de 25 000 films, n'avez-vous pas peur de vous perdre ? 

"Non, je n'ai pas ce sentiment. Mes choix se font assez rapidement même si un second visionnage est nécessaire. Je fonctionne par flashs conscients ou inconscients. J'ai déjà prévisionné plus de 13 000 films et je fais confiance à ma mémoire pour revenir sur les films pour lesquels j'ai de l'intérêt. De plus, j'irai aussi compléter mon travail dans d'autres centres d'archives."

Et pour la suite ?

"Après le visionnage viendra le travail d'équipe avec la monteuse et le créateur sonore. Il faut trouver la bonne intuition, faire des tests notamment avec les textes. Je ne peux pas me perdre dans l'histoire.. Le challenge se situe plus dans la relation entre les éléments images et sons... La recherche des images est donc primordiale et jouera sur nos travaux à venir. D'ailleurs nous souhaitons proposer des flasback et flash forward, avoir un style bien identifié. 

Une fois ce projet terminé, j'aimerais retravailler ce récit biographique vers la fiction pour en faire une trilogie des âges : enfance, adolescence, âge adulte. Les personnages ici représentés par les archives prendront vie grâce aux comédiens."

Le projet est en cours de construction, c'est pourquoi Ciclic Centre-Val de Loire vous propose aujourd'hui de plonger dans les archives coup de coeur de Pierre P. Vous pourrez y voir une séance de baignade filmé par Xavier Béchu en 1963, Deux garçons de Paulette Niel tourné en 8 mm et enfin Les Travaux pratiques d'élèves d'école primaire de Marc Guétault. Bien sûr, nous vous invitons à plonger à corps perdu dans les collections. Bon visonnage. 

Pierre Primetens a commencé sa résidence en mars et continuera sa recherche jusqu'en mai 2021. Ciclic Centre-Val de Loire vous propose ici de découvrir les premières. Ciclic Centre-Val de Loire accompagnera ce projet produit par Perspective Films. L'agence Ciclic vous invite à suivre cette création sur le site memoire.ciclic.fr mais aussi sur ciclic.fr.