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Publié le 11 Mai 2021

Au Chant des Îles à Vierzon

Dans les années 1950, trois jeunes filles, bras-dessus bras-dessous, montent la rue de la République à Vierzon. Passe un jeune homme, elles l'interpellent.
- Tu viens, samedi ?
- Où ?
- Mais au Chant des Îles !

Tel est le nom du lieu privilégié pour assouvir ses besoins de danse et de détente dans le Vierzon d'après-guerre.

Fils d'exploitants de théâtre et de cinéma dans l'Essonne, Pierre Toyot naît en janvier 1911 à Ris Orangis et s'installe à Vierzon où sa mère, Louise Braun, a repris le cinéma-dancing Les Arts. Il y crée avec son épouse Yvonne (qui a commencé comme accessoiriste au théâtre) deux dancings dans la ville, Le Chant des Iles, 111bis avenue Edouard Vaillant, ouvert de mai à octobre, et Aux Arts, place de la République (actuelle place Gabriel Péri devenu la résidence des Arts), pour la saison d'hiver.
En 1951, ils achètent également l'usine Merlin située rue de la République et la transforment en cinéma, Le Miramar (qui devient Le France en 1972). Les deux films que Mémoire vous proposent font justement la liaison entre Le Chant des Îles et Le Miramar, puisqu'ils ont été réalisées pour faire la promotion du dancing lors des projections au cinéma.

La construction du Chant des Îles n'est pas simple. Avant d'y planter des arbres et d'y tracer des allées, il faut niveler le terrain alors en friches et qui suit la déclivité de l'avenue Édouard Vaillant. Mais la guerre annihile ce travail quand une bombe éclate au bout du jardin. Mais, après de nombreuses difficultés, le grand jour arrive : le dancing est inauguré en juillet 1947.
L'implication des propriétaires devient alors totale pour en faire un lieu incontournable des samedis soir de la région. Ils construisent les bâtiments et les dépendances (sauf la couverture), en imaginent eux-même les décors et en dessinent le parc. Ainsi, en 1949, une colonne lumineuse, dotée de 800 pastilles de verre, et un chemin sont créés pour conduire les clients à une piste dansante à ciel ouvert et entourée de plate-bandes formant des arabesques.

En tant que connaisseur du monde du spectacle, Pierre Toyot organise des bals en parvenant à faire venir des orchestres professionnels et donne rapidement une notoriété régionale à son établissement dont le nom se murmure de bouche en bouche et de ville en ville. Sa renommée franchit les portes de Vierzon et le public afflue de Bourges, de Montargis, d'Orléans ou même de Paris pour voir de nombreuses stars, ou futures stars, passer sur la scène du cabaret : Sidney Bechet, Bourvil, Richard Anthony, Dick Rivers et les Chats Sauvages, Sacha Distel, Marcel Amont ou encore, pour une garden-party le 23 juin 1963, Eddy Mitchell et les Chaussettes Noires.

À travers ces deux films des années 1950, Mémoire vous propose donc de visiter ce dancing de Vierzon très en vogue de l'après-guerre à 1965, année de sa fermeture.