Marie Dupont - bobine 8 - Lumière

26/08/2019 Produit par : CICLIC Pôle Patrimoine Réalisé par : CICLIC Pôle Patrimoine En ligne le 23 Feb 2022
Centre-Val de Loire
"Marie Dupont" est une série de 12 courts-métrages créée par Ciclic-Centre Val de Loire. Chaque dernier lundi du mois, sur son profil Facebook, Marie Dupont donne rendez-vous aux internautes pour suivre un épisode de sa vie, à travers les images d'archive de Ciclic et un texte qui l'accompagne. Version scénario Séquence 1 - 1932 - INT - SALLE DE SEJOUR DE LA MAISON FAMILIALE - NUIT - Les mains de Gilbert passent un film 9,5mm dans un projecteur Pathé-Baby. Les pieds d'une fillette, Marie, se balancent sous une chaise. De dos, assis sur des chaises alignées devant un écran blanc, les quatre enfants : Paul 6 ans, Marie 4 ans, Suzanne 10 ans, et Jacques 8 ans, la maman Edith, et les grands-parents. Gilbert se frotte les mains, l'air satisfait. Les enfants l'imitent en riant discrètement et en se donnant des coups de coude. Edith, d'un air complice, regarde les enfants en posant son doigt sur sa bouche. - Gilbert - Eteins la lumière, qu'on y voit mieux ! Le doigt de Paul appuie sur l'interrupteur. La lumière de la pièce baisse d'un coup sur le projecteur, ne laissant que le rond du faisceau de lumière. Sur l'écran, des images de la famille qui danse en farandole, chacun regardant la caméra à tour de rôle. - Marie, à Suzanne - C'est comme Charlot sauf que c'est nous ? Séquence 2 – deux mois auparavant - INT - MAGASIN DE PHOTOGRAPHIE - JOUR - Derrière le comptoir, une femme en blouse blanche range des produits de développement photographique sur des étagères. Gilbert s'avance vers le comptoir avec une petite caméra de forme carrée à la main. La photographe se retourne, sourit en acquiesçant. - La photographe - Je vais chercher monsieur Laillet. Gilbert regarde autour de lui : caméras, appareils-photos, projecteurs, matériel divers, affiches... Robert Laillet arrive à sa hauteur. - Robert Laillet - Alors ? - Gilbert - Alors, alors... deux tours par seconde euh... pas facile ! Il me faut encore de l'entrainement, mais j'ai hâte de voir le résultat. Gilbert regarde la caméra un moment et réfléchit. - Gilbert - Je la prends. Sur le trottoir devant le magasin, Jacques et Marie, sur la pointe des pieds, essaient de voir leur père à travers la vitrine. Gilbert sort du magasin et montre à ses enfants une petite cassette métallique de film 9,5mm. - Gilbert - Regardez-moi cette petite cartouche ! Eh bien, on va pouvoir y ranger tous nos souvenirs et les garder à jamais ! Et hop, dans la poche ! Séquence 3 - EXT - FETE FORAINE A CHARTRES - JOUR - Un manège tourne sur la place des Epars à Chartres. Paul, Jacques, Suzanne et Marie font coucou à leur mère se tenant debout devant le manège. Gilbert porte sa caméra sur son pied, la déplace, regarde le soleil, la déplace encore, la stabilise au sol face au manège, observe le ciel, puis sort de sa poche un posographe Pathé-Baby et opère quelques réglages. Séquence 4 - 1938 - INT - BUREAU DE GILBERT - JOUR Une main d'enfant coupe une pellicule avec une paire de ciseaux, prend un morceau de film accroché sur un chutier, au mur, ouvre un petit pot de colle, et au pinceau, applique de la colle sur les bords des deux morceaux de film. On découvre Marie, 10 ans, à la table de montage. Elle fait tourner les manivelles de la visionneuse et les images du film apparaissent sur le petit écran de la visionneuse. Séquence 5 - 1968 - EXT - ISSOUDUN - RUE POTERIE - JOUR Dans la rue Poterie, une fanfare et des chars décorés défilent. Marie, 40 ans, et Edouard, 13 ans, sont au coin de la rue et Edouard filme le défilé avec une caméra. - Marie - Tu devrais te mettre sur le trottoir d'en face, regarde. Marie montre à Edouard un rayon de soleil. Fondu enchaîné sur le faisceau de lumière d'un projecteur. - FIN - Version texte " « Eteins la lumière, qu'on y voit mieux ! » Je reverrai toujours mon père, se frottant les mains d'impatience tout en forçant la concentration sur son petit projecteur de salon. C'était toujours le même rituel. Mes frères, ma soeur et moi, mimions ses gestes et ses paroles tandis que ma mère portait son doigt sur ses lèvres pour nous ordonner le silence. Il faut dire que nous aussi, nous attendions ce moment avec impatience. Nous nous languissions de voir le faisceau de lumière traverser la pièce. De nous voir gigoter sur la toile blanche. Tout d'un coup, les stars du cinéma, qui riaient et faisaient rire, c'étaient nous. Les Charlot, c'étaient nous ! Tout a commencé quand Robert Laillet, ami de la famille et photographe à Chartres, a prêté une caméra à mon père pour une journée. Papa nous montrait déjà, depuis quelques mois, des dessins animés avec son projecteur Pathé Baby. Mais ce jour-là, il a dit : « Vous voyez cette petite cartouche en métal ? Si petite qu'elle tient dans ma poche ! Et bien on va pouvoir y ranger tous nos bons moments et les garder toute la vie. » Papa cherchait la lumière pour bien placer son pied de caméra. Il marchait, il hésitait, tout en répétant à voix basse les recommandations de monsieur Laillet : « 2 tours en 1 seconde... 2 tours en 1 seconde... ». Il ne fallait pas le déranger. Il n'était plus là. Sa caméra l'avait remplacé. Ses films l'occupaient de plus en plus. Pour passer du temps avec lui, je n'ai pas eu d'autre choix que de m'imposer parmi toutes ses pellicules dans son bureau. Je devais avoir 7 ou 8 ans. L'odeur de la colle et le bruit du film qui passe dans la visionneuse ne m'ont alors plus jamais quittée. J'ai même coupé et monté moi-même mes toutes premières images ! C'était l'oncle Louis qui revenait de la pêche ! « La lumière, Marie, attention à la lumière ! et arrête de bouger comme ça ! » me criait mon père du haut de la fenêtre. Puis j'ai traversé les années avec une caméra à la main, je me suis perfectionnée, et je continue d'apprendre et de m'amuser avec mes camarades du caméra-club. Je suis la seule femme et je suis très fière quand c'est moi qui apporte un conseil technique ! Les hommes se chamaillent souvent pour savoir qui a fait la plus belle image... Mais chacun a sa propre idée. Personnelle et subjective. La plus belle image est celle qui nous éclaire le mieux. Celle qui va se révéler et se fixer dans notre mémoire intime et sensible. Celle qui va défier le temps. A la fois fragile et vivace. Comme un souvenir. Quand mes enfants à leur tour prendront la caméra et chercheront la lumière, ils enregistreront l'éphémère, l'instant qui passe et qui illuminera ceux d'après."

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Rue de la Porte Guillaume. La Porte fortifiée vue au premier plan a été détruite par l'armée allemande en août 1944.

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