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Publié le 22 Janvier 2019

Les cavalcades de Oucques la Joyeuse

   

La cavalcade est un rendez-vous important dans la vie des villages. Associée au carnaval, c’est à la fois unévénement hérité de rituels antiques liés aux cycles saisonniers et agricoles et un moment festif et convivial qui rassemble les habitants. Dans le répertoire des films amateurs de Ciclic la cavalcade est un thème classique, entre regard personnel immersif et vision documentaire cinématographique.

Une cavalcade est, par définition, un défilé de gens à cheval. Aujourd’hui le sens originel de cette définition a évolué, les chevaux autrefois dédiés à l’agriculture sont remplacés par des tracteurs. Désormais la cavalcade d'Oucques, comme dans de nombreux villages, est un défilé de  chars décorés sur un thème précis lors du carnaval, mais aussi de fanfares locales ou invitées et de gens costumés. La parade est ponctuée de lancés de confettis et agrémentée d'une fête foraine et parfois d'un bal clôturant la journée et prolongeant la nuit. Souvent ces défilés se déroulent sur un ou plusieurs dimanches après le mercredi des Cendres, jour suivant le Mardi gras qui marque le début du Carême, ou au moment de Pâques. Le but est généralement de chasser le froid de l'hiver et de célébrer l'arrivée du printemps et des beaux jours.

A Oucques ces défilés sont nés vers 1890 sous la forme d'une fête de village animée par des garçons de fermes qui organisaient, au moment du carnaval, la fête du Bœuf Gras lors de laquelle ils exposaient et faisaient défiler  leurs bêtes. Peu à peu, la fête s'est structurée, la cavalcade d'Oucques-la-Joyeuse se transformant en carnaval d'Oucques-la-Nouvelle, pour devenir l’une des plus anciennes manifestations culturelles de la région Centre-Val de Loire. Les cavalcades évoquent également un spectacle aux consonances historiques désignant une « marche en grand apparat d'une troupe de personnes à cheval accompagnant un grand personnage», ce qui peut expliquer peut-être le sens de certaines thématiques des défilés de Oucques. La fabrication des chars est encadrée par le comité des fêtes de la ville et la floraison des façades des commerces semble avoir été la règle jusque dans les années 1950.

Deux cinéastes pour une cavalcade

Les deux cinéastes amateurs ayant le plus filmé les cavalcades de Oucques sont Michel Bertet qui commence à filmer les cavalcades vers 1965 et Pierre Dubiau qui filme les cavalcades des années 1950. Le choix de ces deux regards vient non seulement de leurs visions de l'évènement mais est aussi emblématique de leurs rapports au cinéma. Il se retrouve tout d'abord à travers les formats de films : Michel Bertet utilise le 8 mm qui est un format amateur grand public alors que Pierre Dubiau filme en 16 mm qui est un format plutôt semi-professionnel. Ensuite, c'est la question du point de vue : Michel Bertet était bijoutier à Oucques alors que Pierre Dubiau était photographe et cinéaste à Tours. En découle un regard plutôt immersif pour le premier et un regard plus cinématographique et narratif pour le second. Enfin, des différences s'observent dans la construction des films. Pierre Bertet juxtapose des moments de défilés à l'aide de cut ou de cartons descriptifs, et restitue une sensation générale et immédiate du moment qu'il ponctue de gros plans sur des détails par exemple, des plans captant le temps et une façon de filmer plutôt assez variée. Le spectateur reconstitue ainsi le défilé à partir des indices émergeant des images. Michel Bertet s'impose comme un cinéaste familier de son village plutôt que comme un professionnel de l'image. Pierre Dubiau, à l'inverse, structure de manière rigoureuse et identique la narration de ses films, le déroulement de la journée lui servant de fil narratif. Il s'affirme alors comme un cinéaste car il se demande à travers le montage et la prise de vue, soutenus de temps en temps par une voix off et de la musique, comment raconter la cavalcade. Pierre Dubiau reprend ainsi certains codes des films narratifs : la présence d'un générique de début où s'affiche son nom l'identifie comme l'auteur de ses films et le nom du Café de la Renaissance s'affiche dans le rôle du producteur, son propriétaire de l'époque, monsieur Alain Hersart, possédait alors un char dans la parade et semblait être le commanditaire/financeur de ses films.

                  

 Le film le plus ancien du fond CICLIC documentant la cavalcade de Oucques est un film de 1936 d'un réalisateur aujourd'hui encore inconnu. Sa particularité est de donner une image étrange presque fantastique à la cavalcade. Cette impression ne vient pas des prises de vue du défilé mais de la détérioration de l'émulsion chimique de la pellicule 9,5 mm qui produit des effets de négatifs qui gomment les visages et rendent la parade funèbre et fantomatique.