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Publié le 23 Mai 2018

La Saint Éloi à Bourges, histoire d'une fête oubliée

Chaque hiver, entre 1920 et 1970, Bourges voit un drôle de cortège emprunter les rues de la ville : c'est la fête de Saint Éloi.

Saint Éloi, évêque du 7ème siècle, fut à la fois le ministre des finances auprès du ‘’bon roi Dagobert’’ et un orfèvre prodigieux. Il est fêté le 1er décembre. Saint Éloi est aussi le saint patron de tous les ouvriers qui utilisent un marteau.

 

La fête de Saint Éloi à Bourges

Discours de l'adjoint au maire de Bourges en 1953 (sur l'air de la chanson du "Roi Dagobert") : "En l'honneur du nouveau bâtonnier, je vais essayer de fredonner ces couplets : Honneur aux bâtonniers / Qui déjà se sont succédés / Vive Monsieur Loye ! / Vive Saint-Eloi ! / A votre santé / Les toasts sont portés./ C'est vrai, et moi j'y crois / Vous êt's plus heureux que des rois.
Pardonnez à mes vers / Ils ont mis ma point' Bic à l'envers./ Le bon Saint-Eloi / Me montrant du doigt / Trouv' que j'ai été / Un peu culotté / C'est vrai j'pass' pour un roi / Mais on ne dit pas roi de quoi... 

Les chevaliers de l'ordre de Saint Éloi organisent cette fête à Bourges depuis le début du XXe siècle. De nombreux corps de métiers y sont représentés, notamment les mécaniciens militaires des usines aéronautiques alentours. On trouve également des quincaillers, des serruriers, des bourreliers, des ferblantiers, des maréchaux-forgerons... Saint Éloi est aussi le patron des monnayeurs : ce qui peut faire écho à Bourges avec un très célèbre financier berruyer du XVe siècle… Jacques Coeur !

Tous les ans, on élit un bâtonnier de la Saint Éloi. La journée débute chez le bâtonnier sortant qui remet au nouveau bâtonnier la statue et le bâton de Saint Éloi. Premier apéritif. Le cortège se rend ensuite à l'église Saint Bonnet en suivant la statue du saint. Au fil des années, on la voit défiler sur une Citroën B14, une De Dion, une Jeep, un avion d'entraînement Hanriot ou bien encore à dos d'âne lorsque l'essence se fait rare !

Une messe est célébrée en l'honneur du saint. C'est généralement l'évêque de Bourges qui officie. On distribue ensuite le pain bénit à la foule rassemblée sur le parvis de l'église Saint Bonnet. A la sortie, c'est le moment opportun pour procéder aux remises de médailles et aux intronisations. Le cortège continue sa route pour profiter d'un bon banquet. Deuxième apéritif. Le repas est accompagné de savoureux discours rivalisant d'esprit et de jeux de mots ! Après le repas, le cortège reprend pour transporter la statue du Saint chez le nouveau bâtonnier. Troisième apéritif. Enfin, la journée est clôturée par un joyeux bal.

 

                     

 

Le père Loye

« Le plus beau – raconte son petit-fils Jean-Pierre - c'étaient les carnavals ! Il se déguisait en clochard avec des saucisses autour du cou et on parcourait toute la ville de Bourges, et il y avait tous les chiens qui le suivaient [rires] ! Ah, il adorait ça ! » 

Ces importantes fêtes de la Saint Éloi à Bourges sont le fruit d'un seul homme : François Loye. L'oeil rieur, le sourire jovial, la démarche enthousiaste... Il est le président de la confrérie de Saint Éloi à partir de 1928 jusqu'à la fin des années 1960. C'est son dynamisme et son entrain qui ont participé à la réussite de ces fêtes de la Saint Éloi. 

Natif de la Nièvre, François Loye vient habiter à Bourges après des études d'ingénieur à Paris. En 1917, il achète un garage situé rue de la gare. Il devient rapidement une figure célèbre de la ville de Bourges. Il est bien connu pour ses histoires en patois morvandin.

Amateur de mise en scène et blagueur hors-pair, tout est prétexte à rire et faire rire. A l'occasion d'une Saint Éloi en 1946, François Loye fixe la statue du saint sur une de ses Jeeps américaines. Il grimpe les marches de l'église Saint Bonnet avec son véhicule et fait demi-tour dans le choeur ! Lors du banquet qui suit, il s'est amusé à faire semblant de chuter avec de nombreuses assiettes dans les bras. Brisée en mille morceaux devant des convives médusés, il avait préalablement acheté cette vaisselle au kilo afin de mener à bien sa blague !

Lorsque François Loye disparaît, en novembre 1971, personne ne reprend le flambeau des fêtes de la Saint Éloi à Bourges. Saint Eloi continue pourtant d’être fêté dans quelques entreprises berruyères mais en toute intimité. Découvrez cette tradition qui mettait à l'honneur les ouvriers à travers la figure de Saint Éloi et venez croiser le regard de François Loye qui ne manque jamais de saluer la caméra !

 

Un nouveau fonds vient d'être publié sur la base Mémoire, il s'agit des films conservés et/ou filmés par Jean Loye, le fils de François Loye. Ces archives nous présentent notamment la Saint Éloi à Bourges depuis les années 1930 jusqu'en 1955.