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Publié le 26 Avril 2017

Un 1er mai particulier

Le 1er mai 1947 est un jour particulier par sa nature et par son contexte politique. Derrière les images du défilé syndical à Orléans se cache en effet l'institutionnalisation d'une journée des travailleurs en France et une rupture dans le paysage politique national.
Pour filmer cette journée particulière, René Duneau, ouvrier métallurgiste syndiqué à la CGT, prend sa caméra...

Ce 1er mai est particulier car il est le premier en France à être officiellement un jour payé et chômé dans le code du travail. Issu d'une longue bataille de la classe ouvrière commencée au XIXème siècle, il est devenu au XXème siècle le jour de la fête internationale des travailleurs, commémorant notamment les luttes pour la journée de 8 heures. Transformé en fête du Travail et de la Concorde Sociale par le régime de Vichy en 1941, il est ré-institué jour férié, chômé et payé en avril 1947 sur proposition du député Daniel Mayer, avec le soutien du ministre communiste du Travail, Ambroise Croizat, père de la Sécurité sociale.

Et René Duneau pris sa caméra...

Pour mieux connaître le réalisateur de ce film, nous vous invitons à consulter l'article que lui a consacré Mémoire :
René Duneau, cinéaste ouvrier

Car ce 1er mai fut véritablement particulier. Les communistes, majoritaires à la CGT depuis le 26ème congrès du syndicat en avril 1946, seront exclus du gouvernement quatre jours plus tard. L'unité nationale issue de la Résistance, et de son Conseil National dont faisait partie le syndicat, se brise ainsi sur le mur de la guerre froide naissante et de l'apparition des conflits coloniaux. Alors, malgré des scores électoraux très élevés et une forte implantation sur le territoire, les communistes retournent dans l'opposition et seront, pendant plus de dix ans, le seul parti à rester à l'écart du pouvoir.

Et René Duneau filme les revendications de la rue...

Après une séquence appuyée sur les affiches de ce 1er mai annonçant à 15h00, à la salle des fêtes d'Orléans, les prises de paroles de Eugène Brisset, secrétaire de l'U.D. des syndicats et d'André Jean, délégué de la CGT, il souligne les deux thèmes de cette journée : "Pour que le problème des salaires trouve sa solution", "Pour une baisse effective du coût de la vie et le châtiment des spéculateurs". Il filme ensuite les cortèges où se signalent plus particulièrement les banderoles de la Section syndicale de Panhard - Orléans, les veuves de guerre, la section CGT - UGF de la Police réclamant une "Police réorganisée, moderne et démocratique", l'Union générale des  travailleurs espagnols, le Bâtiment... René Duneau se sert des panneaux revendicatifs pour écrire, au fil du défilé, l'ensemble des revendications essentielles de l'Après-Guerre : convention collective, revalorisation et reclassement, minimum vital, baisse effective des prix, baisse du coût de la vie, etc. Le reflet de la dureté des conditions de vie dans la société française à la sortie du second conflit mondial, déjà un pied dans la guerre froide.

Et Mémoire vous propose de bien observer cette journée particulière... 

Voir le film original