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Publié le 2 Octobre 2019

Le Pèlerinage automobile de Saint-Christophe-sur-le-Nais

A l'extrême nord de l'Indre-et-Loire, aux confins de la Sarthe, le village de Saint-Christophe-sur-le-Nais s'est développé à partir du XIème siècle autour d'une église consacrée à Saint-Christophe, patron des voyageurs. Avec le soutien de l'Automobile Club de l'Ouest, le bourg lance le 24 juillet 1927 un pèlerinage  singulier où les automobilistes peuvent faire bénir leur véhicule. Dans les années 1950, le cinéaste Bernard Loison, habitant de la commune voisine des Hermites, témoigne du succès prolongé de ce rendez-vous.

Avec la démocratisation de l'automobile et la multiplication des accidents graves pendant l'entre-deux guerres, de nombreux conducteurs tournent leurs prières vers Saint-Christophe - un géant qui aurait aidé l'enfant Jésus à traverser une rivière et dont la vue de la statue suffirait à protéger les croyants d'une mort subite. Profitant de cet élan de foi, plusieurs municipalités françaises du nom de Saint-Christophe décident d'organiser leur propre pèlerinage automobile avec l'espoir d'un regain d'animation et d'attractivité. 

Témoignage d'un temps où la pratique religieuse occupait encore une place de choix dans le quotidien des Français, le film de Bernard Loison s'ouvre sur un plan de la foule en attente au pied de l'église suivi d'un panoramique depuis le haut du clocher qui replace le sanctuaire fondateur au cœur de la vie du village. Cette séquence introductive illustre bien la ferveur des pèlerins venus en nombre accompagner la procession. Elle donne aussi à voir toute l'importance et le faste de l'église catholique dans la France rurale des années 1950, une décennie avant le concile Vatican II. Participent ainsi à la liturgie de nombreux servants de messe - un cruciféraire accompagné de deux céroféraires, suivis de huit acolytes en surplis; un frère prêcheur; un chanoine; deux prêtres entourés de deux séminaristes et de deux clercs. De nombreuses femmes ont la tête couverte d'un fichu ou d'un chapeau en vertu d'une injonction du chapitre 11 de la Première Epître de Saint-Paul aux Corinthiens : « toute femme qui prie ou prophétise tête nue fait affront à son chef ».

Depuis sa création, le pèlerinage s'est presque toujours conformé au même schéma avec une matinée religieuse commençant par une messe suivie d'une procession en musique conclue par une bénédiction des véhicules. Suit un après-midi festif faisant la part belle aux sports automobiles. Gymkhana ou rallye dans les environs du village, spectacles, concerts, jeux, loteries. La journée se termine par un grand bal populaire. A noter à la fin du film : une épreuve de basketball. Ce sport qui ne deviendra réellement populaire en France qu'à partir des années 1980 souligne ici l'engouement des Français pour la culture américaine aux lendemains de la Libération.

Depuis 2006, faute de prêtres et de pèlerins, plus de messe ni de procession. Encore moins de basketball. La tradition du pèlerinage automobile de Saint-Christophe-sur-le-Nais semble s'être arrêtée au milieu du gué.

Bernard Loison est né le 8 janvier 1896 à Montoire-sur-le-Loir. De son père, il a hérité une passion pour la photographie et le cinéma. Il tourne surtout en 9,5 mm, monte et titre lui-même la plupart de ses films, souvent avec beaucoup d'humour. Parfois, Bernard Loison réalise des petites fictions, de courtes séquences d'animations inventives ou des trucages. La plupart de ses films mettent en images la vie quotidienne de sa commune, des scènes de famille, de ses vacances à travers la France ou de la vie religieuse. Il a filmé de nombreuses courses automobiles, notamment sur le célèbre circuit du Mans.

 

 

 

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