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Publié le 4 Février 2019

Le crayon de Cocteau sur les peaux de Levroux

Nous continuons de lever le voile, petit à petit, sur les images inédites des peintres de l'Apocalypse... Cette adaptation monumentale de la bible par l'audacieux éditeur Joseph Foret, dont les mémoires ont été données à la Ville d'Issoudun... C'est au tour de Jean Cocteau d'apporter ses couleurs à l'édifice.

Jean Cocteau a 20 ans lorsqu'il publie ses premiers recueils et va multiplier les accès à la poésie par différents arts, la littérature, la peinture, le cinéma, le théâtre. Lorsqu'il collabore pour la première fois avec Joseph Foret, en 1955, pour illustrer un recueil de Geneviève Laporte "Sous le manteau de feu", il a déjà été deux fois président du jury du festival de Cannes et vient d'être élu à l'Académie française. C'est dire si cet artiste pluridisciplinaire, préférant l'attribut de poête, et inspiré dans toutes ses oeuvres par la mythologie, était naturellement enclin à rejoindre Joseph Foret pour s'approprier un passage de la Bible. Il écrit et illustre son propre texte "Alors apparurent...", sur les parchemins de l'entreprise Bodin-Joyeux de Levroux.

 

 

Joseph Foret, qui arpente les routes et les villes du monde depuis presque deux ans maintenant afin de mener à bien son projet monumental, décrit avec minutie tout son parcours, et l'entête des pages concernant Jean Cocteau se présente ainsi : "Cannes - St-Jean-Cap-Ferrat - Cannes, 82 kms". C'est donc à Saint-Jean-Cap-Ferrat, dans la fameuse villa Santo Sospir de Alec et Francine Weisweiller, que Jean Cocteau, habitué des lieux depuis 10 ans, décide de recevoir Joseph Forêt et son assistante Michèle Broutta. Il y est comme chez lui et a décoré toute la maison de ses fresques.

                   

Extrait des mémoires de Joseph Foret* : 

"Nous voyons avec Jean Cocteau la disposition à prendre pour insérer ce texte, le faire précéder ou le placer après son 1er parchemin. J. Cocteau : "Dois-je l'illustrer", Joseph Forêt : "Ce serait préférable, sans toutefois l'alourdir". (...) Jean Cocteau trace un profil d'homme, son oeil a la forme d'un poisson, ensuite va chercher sur la terrasse des tubes d'encre de Chine de couleurs. Pendant ce temps avec Michèle nous avons monté le film dans l'appreil photo et caméra. (...) Les deux parchemins terminés, mis côte à côte je m'aperçois que le texte du verso du 2ème parchemin est pâle, le premier est plus lisible, plus en relief. J.C. : "C'est la 2ème couleur bleue qui augmente l'intensité et la valeur." - J.F. : "Je le préfererais ainsi, il aurait plus d'éclat" - J.C. : "Bien ! Je vais y ajouter cette deuxième couleur". (...) Nous remettons les deux parchemins l'un à côté de l'autre, ils ont vraiment belle allure. Je ne puis m'empêcher de repenser à ce que me disait récemment Jean Rostand : "Jean Cocteau, un magicien" !"

 

 

        

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le prochain rendez-vous des deux hommes se fera à Paris, dans l'atelier de gravure Bracons-Duplessis, qui a fortement incité Jean Cocteau à se remetrre à la gravure pour l'Apocalypse. Deux gravures en couleurs seront reproduites dans cet atelier. Ci-dessus, les images de ces séances de gravure, la main du poête écorchant le cuivre fumé à la pointe sèche pour son "Ange de l'Apocalypse". (extraites du film "L'Apocalypse" conservé par Ciclic).

 

 

* avec l'aimable autorisation du Centre de la Mémoire de la Ville d'Issoudun.

Le fonds Joseph Foret : Mémoires écrites à la fin de sa vie. Dossiers et documents manuscrits ou tapuscrits composant les mémoires de Joseph Foret, illustrés de nombreuses photographies, coupures de presse, documents divers, correspondance, films. Archives conservées par Mme Broutta, collaboratrice de J. Foret de 1957 à 1965 et données à la Ville d’Issoudun en 2013. Un grand merci à Annelise Pradal, du Centre de la Mémoire d'Issoudun, pour sa collaboration à l'écriture de cet article.

Voir le film original