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Publié le 7 Juin 2017

Raconter le 10 juin 1944 à Issoudun

En juin 1944, Issoudun est meurtrie par une fusillade. Cinquante ans après, Laurent Mabed part avec sa caméra à la recherche des acteurs et des témoins du drame. 

Issoudun, 10 juin 1994. Presque par hasard, Laurent Mabed tombe sur son grand-père en habit de porte-drapeau. Avec une poignée de ses camarades de résistance, il revient d’une commémoration organisée sur la place du 10 juin pour rappeler une fusillade meurtrière cinquante ans auparavant, au cœur d’Issoudun. 

Issoudun, 10 juin 1944. Les jeunes résistants de la commune ont annoncé une manifestation patriotique à midi sur la place des marchés. La foule est nombreuse, mais un incident technique retarde la levée du drapeau. Les gens se dispersent quand surgit une colonne allemande. Après des fusillades, plusieurs lancers de grenades, les soldats nazis laissent derrière eux onze morts et plusieurs blessés. 

En 1994, Laurent Mabed découvre cette histoire pour la première fois. Après une formation à l’AFPA à Issoudun, il travaille comme assistant réalisateur à Paris. Il pense tout de suite à réaliser un documentaire, de peur que cette fusillade ne soit complètement oubliée. 

De nombreux témoins sont encore en vie. L’historien Jean-Louis Laubry oriente le jeune réalisateur vers les résistants et plusieurs témoins du drame. Il œuvre alors à rassembler des témoignages et des documents pour une publication sur l’été 1944 et vient de faire travailler des élèves de 3e du collège Diderot sur la mémoire du 10 juin 1944. Laurent Mabed rencontre Jean-Marie Peyroutet, alias le capitaine Jimane, André Audoux, Nico Argyropoulos et plusieurs personnes ayant assisté à l’arrivée des Allemands. 

En parallèle, le tournage s'organise. Le cinéaste crée une association, «L’Arme à l’œil», pour porter le projet. LAFPA d’Issoudun prête des caméras et des étudiants participent aux tournages. En contrepartie, Laurent Mabed prend le temps de les former à la prise de vue et à l’éclairage. Enfin, l’association « Les Amis du Vieil Issoudun », présidée par Jean-Louis Laubry, participe financièrement en payant les cassettes vidéo nécessaires. 

Lors de tous les entretiens, Laurent Mabed se fait accompagner par Alain Vigouroux, un stagiaire de l’AFPA, qui dessine les moments-clefs de la journée du 10 juin 1944. Grâce à ces reconstitutions en images, mêlées à des photographies et des cartes postales, le réalisateur parvient à représenter les nombreux souvenirs racontés à son micro. 

Le film est tourné en quelques semaines. « Issoudun, 10 juin 1994 : la fusillade de la place des marchés » est montré chez quelques habitants de la commune et dans plusieurs classes de 3e du collège Diderot, mais ne sera diffusé publiquement que lors d'une projection exceptionnelle le 19 juin 2014, rassemblant près de 400 presonnes. Depuis, le capitaine Jimane, un des rares témoins,  présent lors de cette soirée, est décédé le 18 juin 2015. 

En 2013, Laurent Mabed et Jean-Louis Laubry déposent plusieurs copies du film au pôle patrimoine de Ciclic, ainsi que l’intégralité des entretiens tournés en 1994.