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Publié le 13 Septembre 2017

Poterie ancestrale de Bazaiges

A travers un très beau film réalisé dans les années 1950, Raymond Gesell et Jacques Allain, tous deux membre du Ciné-Club d'Argenton-sur-Creuse, présentent les poteries de terre de Bazaiges et leur mode de fabrication avec la participation de Fernand Baudat, représentant de la dernière lignée de potiers locaux.

Un réalisateur pour l'histoire

En 1945, Raymond Gesell et sa femme ouvrent une boutique de photographie à Argenton-sur-Creuse où ce type de commerce n'existait pas encore. A partir de cette date, il devient témoin de son temps et tourne des actualités sur les communes d'Argenton-sur-Creuse, de Saint-Marcel et du Pêchereau.

Ami avec Jacques Allain, fondateur du Musée d'Argentomagus, Raymond Gesell prend de nombreuses photographies au fur et à mesure des fouilles du site, recensant ainsi par l'image de nombreux objets archéologiques. Et c'est également avec Jacques Allain qu'il tourne le film "Technique archaïque des potiers de Bazaiges", présentant ces poteries spécifiques faites à la main et le savoir-faire du dernier potier en fabriquant, Fernand Baudat.

Une technique typiquement bazaigeoise

Présentant la fabrication d'un cuvier à lessive, ce film est un document historique sur une technique du XIXè siècle décrite par George Sand comme spécifique à Bazaiges, les autres potiers utilisant plus souvent le tour à roue et à bâton. La Dame de Nohant achetait à l'époque ces pots à Justin Baudat pour orner son jardin et se déplaçait elle-même de Gargilesse à Bazaiges pour les commander.

La fabrication de la poterie commence par le malaxage de la terre avec de l'eau puis le battage de la pâte obtenue. Ensuite commence le long travail de modelage, soit la mise en forme de la terre par la pression des doigts. Une fois l'ouvrage en terre formé et terminé, ici un cuvier, il est placé parmi d'autres poteries pour sécher. Plus tard le potier les recouvre d'autres poteries et de terre pour transformer le tout en un four dans lequel il introduit un feu pour cuire son ouvrage.

Le maintien de la tradition

Toute la démonstration du savoir-faire bazaigeois présenté dans ce film est effectuée par le dernier potier l'utilisant, Fernand Baudat.

Petit-fils de Justin Baudat, dont le fils Lucien n'a pas pu prendre la suite en raison d'une blessure lors de la Première Guerre Mondiale, il décide en 1936 de reprendre la fabrication des pots. Mais, prisonnier durant toute la Seconde Guerre Mondiale, il lui faut attendre la Libération pour s'installer à Dampierre car son atelier de Bazaiges est occupé et son épouse, institutrice, y a été nommée. Il construit ses fours à Gargilesse où il développe son activité en profitant notamment des retombées touristiques amenées par le label des "Plus beaux villages de France". Cette opportunité lui permet de se diversifier. L'offre, jusqu'ici essentiellement axée sur l'utilitaire avec des cuviers pour la lessive, des pichets ou des saloirs, évolue vers l'ornemental et la décoration.

Fernand Baudat reste très présent dans le paysage local puisque la place de la mairie de Gargilesse-Dampierre porte son nom et que, depuis 2012, une poterie qu'il réalisa en 1965, offerte par son fils Guy, trône sur la place principale de Bazaiges.

A travers la caméra de Raymond Gesell, découvrez le savoir-faire d'un potier de Bazaiges, seul village de potiers en Europe qui travaillait l'argile sans tour jusqu'en 1956.