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Publié le 10 Mai 2017

Performance artistique à Orléans avril 72

Ciclic vous présente aujourd’hui un document aussi rare qu’intéressant. Il est lié à la création de la Maison de la culture d’Orléans et aux premières interventions d’artistes dans la rue. En 1972, Yves Bayard, cinéaste amateur, filme rue des Albanais une intervention de l’artiste Jean-Claude Bedard pour la toute jeune Maison de la Culture d'Orléans.

Au début des années 70, les artistes découvrent la rue et ses multiples possibilités de rencontres avec le public, c’est l’époque de la découverte en Europe du Bread and Puppet Theatre, ou plus proche, d’Urban Sax qui investit l’espace public de ses 50 saxophonistes. La performance de Jean Claude Bedard est organisée par la toute jeune Maison de la culture d'Orléans et plus précisément par Dominique Fournier, alors animateur cinéma et audiovisuel à la M.C.O. Dominique Fournier sera successivement, animateur chargé du cinéma à la Maison de la culture de La Rochelle à partir de 1975, puis Directeur de France 3 Bordeaux, Directeur des programmes de TV5 Europe, Directeur de l'unité Musique et spectacles de France 3, et enfin attaché à la Direction Générale de France Télévision.

Jean-Claude Bedard a alors 44 ans (photo du haut de page), il est responsable de la section sculpture de l'École nationale supérieure des Arts décoratifs de Paris, il est accompagné d’un technicien et de quelques volontaires qui organisent l'installation et la projection du fil plastique « procédé Cocoom » (photos ci-dessous). Une banderolle précise que « JC Bedard anime », car l’artiste n’est là que pour encourager les passants de tous les âges à s’emparer du matériel et remodeler ainsi l'aspect de la rue. Les images saisies par Yves Bayard révèlent bien l'intérêt des passants et leur participation, on est même saisi par la décomplexion du public.

        Bedard et son assitant     Jeune fille accompagnant l'artiste     L'assistant de Bedard

Jean-Claude Bédard est né à Pau en 1928. A l’âge de 17 ans, il entre à l'Académie de dessin et de peinture créée par Armand Petitjean et expose pour la première fois à Pau, puis à Paris en 1950. Pendant plus de dix ans, il pratique une peinture figurative en évolution constante vers l’abstraction, participant à tous les salons à Paris et dans le Midi avant d’effectuer une rupture totale lors de sa découverte des gravures du tumulus de Gavrinis. Il s’investit alors dans la réalisation d’œuvres monumentales alliant les concepts picturaux à ceux de la sculpture. A partir de 1961, Jean-Claude Bédard invente une méthode de création collective d’origine gestuelle, engendrant une prolifération en réseaux dans le plan et dans l’espace, intégrant la couleur de manière aléatoire et offrant de nombreuses possibilités d’applications dans les domaines du design et de l’architecture. Les résultats de ces travaux seront présentés au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris en septembre 1964, sous le titre : Méthode Bédard d’investigation plastique. Il commence en 1964 une féconde collaboration avec l’architecte Édouard Albert au titre du 1% artistique (dispositif datant de 1951 et stipulant que 1% de la somme totale des travaux d'un édifice public doit être investi dans une création artistique) – Terrasse de la faculté des sciences de Paris en 1966 et plafond du hall de la bibliothèque de la faculté de Nanterre en 1969 -, ses réflexions sur l’art le conduisent à participer à la création de l'UER Environnement aux Halles et à s’impliquer dans la réforme des écoles d’art. Il entrera ensuite à l'École nationale supérieure des Arts décoratifs comme responsable de la section sculpture.

 Sa découverte des roches gravées de Fontainebleau en 1973 est un nouveau tournant dans son évolution. Il entame des recherches archéologiques sur le terrain pour tenter de comprendre la signification de ce corpus géométrique et aider à l’identification des graveurs. De cette démarche va naître une nouvelle méthode de création matricielle : le Monoïde. En 1978, paraît son livre Pour un art schématique : étude d'un monoïde graphique. De 1978 à 1982, il va exploiter les différentes applications du Monoïde (meubles, vêtements, typographies…) en donnant cette fois une signification à la couleur, basée sur la symbolique liée à l’orientation dans la philosophie tantrique.

Atteint d’un cancer du poumon fulgurant, il meurt en 1982. Ses dernières créations seront présentées à Beaubourg sous le titre : Les langages du Monoïde, en décembre 1982. Il ne reste que peu de traces de cet artiste prolifique et en constante interrogation qu’Yves Bayard filme en avril 1972, dix ans avant sa mort prématurée.

Les films amateurs sont une constante source de nouvelles informations, ce très beau film déposé par Yves Bayard nous donne la possibilité de voir une intervention artistique dans la rue, relativement spontanée, suivie par un public attentif, participatif et transgénérationnel. Une chose impossible aujourd'hui pour de multiples raisons, obligations administratives et conditions de sécurité du public. Yves Bayard nous permet de faire connaître un artiste quasi oublié qui n'aura laissé comme traces que ces oeuvres de jeunesse ainsi qu'un un moment étonnant et singulier.