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Publié le 16 Février 2017

Les Missionnaires du ciel

 
Saviez-vous que la région Centre-Val de Loire partageait avec le Massachusetts (USA), le privilège d’avoir eu la seule école de pilotage pour religieuses et prêtres missionnaires?

Cette formation spécifique, l’aérodrome d’Issoudun-Le Fay la doit à l’initiative du père Paul Taphanel. Les Missionnaires du Sacré-Cœur, femmes et hommes, oeuvrent sur quatre continents, dans des contrées parfois très difficilement accessibles comme en Papouasie-Nouvelle Guinée et les îles Gilbert (République de Kiribati). En 1968, Issoudun est, avec Newton, la 2e ville dans le monde à former des pilotes missionnaires.

Paul Taphanel, curé de Plou (Cher) entre 1955 et 1992, fut avant les années 1950 l’un de ces missionnaires-explorateurs partis diffuser la parole sainte en Papouasie. Il en écrira un livre « Avec les Papous » (1966), et tournera un film « Avec les derniers mangeurs d’hommes » (1960). Toute sa vie il fera l’éloge de ce peuple avec lequel il avait créé une véritable relation. De cette douzaine d’année passée en Papouasie-Nouvelle Guinée, il avait gardé la certitude que les missionnaires devaient non seulement se débrouiller seuls mais également s’adapter aux nouvelles inventions et les appliquer à la mission qu’on leur avait assignée. De retour dans le Berry, il s’intéresse à l’aviation et se lance dès 1965 dans la construction d’un autogire, qui vola et fut abrité à l’aérodrome d’Issoudun-Le Fay. Pour se déplacer il utilisait souvent ce gyrocoptère qu’il s’était fabriqué lui-même et s’agrémentait aux beaux jours de balades dans le ciel du Berry.

Cet engouement des missionnaires du Sacré-Cœur pour l’aviation trouve peut-être son origine auprès du Frère Léon Bourjade (1889-1924), breveté pilote à Avord en juin 1917 après avoir passé 3 années sur le front dans le 23e RA de Toulouse. Celui qui fut l’un des as de l’aviation française (86 combats, 28 victoires) en 14-18 n’avait qu’une idée en tête, savoir piloter pour être utile en Océanie et accéder rapidement à des contrées perdues. La guerre finie, il accomplit son projet en 1921 et rejoint Yule Island, île du golfe des Papous, où il meurt de maladie en octobre 1924.

 

Août 1968 - Aérodrome Le Fay (Indre)       

En août 1968, Bernard Petiot, reporter aux Actualités Gaumont, réalise un reportage de 2 minutes sur cette école singulière. Il commente : « Tous les Dimanches, après avoir célébré la Messe, cet ancien missionnaire anime l'Aéro Club des Frères du SACRE COEUR, pour donner des ailes aux passagers de l'Evangile. Secondé par un moniteur, il forme des pilotes, non pour qu'ils soient dans le vent, mais pour qu'ils gagnent du temps et qu'ils puissent en moins d'une heure visiter les ouailles, alors qu'il leur faudrait normalement un mois et demi de marche épuisante pour parvenir jusqu'à eux. Lorsqu'il évoque ses douze années chez les Papous, le Père TAPHANEL avoue qu'après avoir appris à monter à cheval et à conduire une jeep, il était tout naturellement passé à l'avion».

A bord de l'appareil d'entraînement baptisé "Frère EUGENE" en souvenir du premier Missionnaire du Ciel, mort aux commandes d'un avion, le Père TAPHANEL repère les terrains les plus difficiles, pour habituer ses élèves aux atterrissages en brousse. La section de pilotage était ouverte du 1er avril au 25 août, l’heure de vol coûtait 51 francs (soit aujourd’hui l’équivalent de 61€ - ref. Insee) dont 20% était remboursé par l’œuvre, il fallait 40 heures de vol dont 10 heures seul à bord pour passer son brevet, les stagiaires étaient logés pour 10 Frs chez les Chapelains de la Basilique Notre-Dame du Sacré-Cœur à Issoudun.

La gyraviation

Dans le film "La Gyraviation", le Père Taphanel développe son hobby, le gyroptère ou autogire ou encore gyroplane, appareil très léger et individuel qui permet presque de voler comme un oiseau. Nous sommes dans les années 60, cet engin conçu en 1923 par l'espagnol Juan de la Cierva, fait l'objet de plusieurs constructions individuelles présentées sur l'aérodrome d'Issoudun-Le Fay. Le père est présent avec sa construction personnelle que l'on remarque à sa couleur orange et sa fragilité apparente. Citons Christian Benz dans la Chronique du Berriaud qui semble avoir bien connu cette époque « lorsque nous étions gamins, sans même lever les yeux, rien qu’au bruit nous reconnaissions l’incroyable engin passer dans les airs : Tiens, c’est Taphanel qui dit la messe aux moineaux! plaisantions-nous ».

   

La région Centre-Val de Loire est, dès la fin du XIXe siècle, le terrain de jeu des aviateurs, ingénieurs, mécaniciens et entrepreneurs.

 La Première Guerre Mondiale ne fera qu’amplifier cet essor avec les camps d’aviation d’Avord (Cher) près de Bourges, l’Ecole d’Aviation militaire de Châteauroux (Indre) et l’éphémère Third Aviation Camp américain (1917-1919) entre Vatan et Issoudun (Indre). La fermeture du Centre O.T.A.N. d’approvisionnement de Châteauroux et le départ définitif des américains à la fin des années 1960 sonnera la fin de cette épopée mais libère les initiatives populaires largement développées dès 1936 puis 1947. L’aviation de loisir prend le relais dès 1947, planeurs et biplans occupent les nombreux terrains, les chefs d’entreprise se déplacent en avion de tourisme afin de compenser le réseau routier et faciliter leurs échanges commerciaux y compris avec l’étranger.

Il existe aujourd’hui une trentaine d’aéro-clubs dynamiques dans la région Centre-Val de Loire.