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Publié le 22 Août 2018

La Station radio astronomique de Nançay

En 2015, la Nasa annonçait la découverte, par le télescope Kepler, de l’exo planète Kepler-452b. En 2021 le télescope « James Webb » remplacera « Hubble », les données recueillies permettront d’évaluer les possibilités d’une vie extra-terrestre. En 1950, les pionniers de la radioastronomie en France, Yves Rocard, Jean-François Denisse, Jean-Louis Steinberg et Émile Jacques Blum, ne cherchent pas des extra-terrestres mais plutôt à comprendre la formation de notre univers, sujet dont les éléments de réponse ont largement progressé depuis un demi-siècle, en partie grâce à leurs travaux. En 2017, lors de la 20e édition des Rendez-Vous de l'Histoire de Blois, Ciclic avait proposé une ciné-conférence sur la station, en présence de son directeur, l'astrophysicien Stéphane Corbel.

 

 

Jean-Louis Steinberg (1922-2016) a fait des études d'ingénieur avant d'entrer au laboratoire de physique de l'École normale supérieure. En juin 1944, il est déporté au camp d'Auschwitz avec ses parents. Le physicien Yves Rocard le choisit en 1950 avec Jean-François Denisse pour fonder à l'École normale supérieure, le premier centre de radioastronomie en France. C'est dans ce cadre qu'il cofonde en 1953 la station de radioastronomie de Nançay. En 1963, il fonde le service d’astronomie spatiale de l’Observatoire de Paris, à Meudon. Rédacteur en chef à partir de 1962 des Annales d'astrophysique, il est un des fondateurs en 1969 de la revue scientifique Astronomy and Astrophysics, avec le néerlandais Jan Hendrick Oort.

 

 Les images déposées par Jean-Louis Steinberg

 En 2015, Steinberg dépose, un an avant sa mort, à la station de radioastronomie de Nançay le rare document qui montre les premiers pas de la recherche radio astronomique en France et la création du site de Nançay. Un terrain de 150 hectares à Nançay choisi dès 1952 et acquis le 25 novembre 1953. Situé en pleine Sologne, le lieu est plat, peu habité, tout en restant proche de l’Observatoire de Paris et de l’Ecole Normale Supérieure d’où proviennent la plupart des chercheurs.

La bobine déposée retrace les premières venues sur le site en compagnie des militaires, le début des travaux d’aménagement, le dégagement des bois au bulldozer, le début des constructions, les trajets sur Paris via Orléans, les activités dans le labo (peut-être celui de la rue Lhomond à Paris). La station est inaugurée le 21 octobre 1956 par René Billères, Ministre de l'Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports. Les travaux vont débuter avec une enveloppe budgétaire circonscrite, les chercheurs feront le nécessaire pour ne pas la dépasser en mettant à contribution le génie militaire.  Le site ne comporte que deux premières antennes, basées sur des radars allemands de type Würzburg-Riese de 7,5 mètres de diamètre dont on peut voir un exemple sur la côte Atlantique dans ce film de vacances de l'été 1947. En 1950, les pionniers de la radioastronomie en France, Yves Rocard, Jean-François Denisse, Jean-Louis Steinberg et Emile Jacques Blum sont pour la plupart issus de l'Ecole Normale Supérieure, les scientifiques font d'incessants aller-retours (comme aujourd'hui) entre l'Observatoire de Paris, l'ENS et la Sologne. Le film qui suit a été tourné à un moment où le radiotélescope d'Arecibo au nord de l'île de Porto Rico (surtout connu pour la scène finale du film GoldenEye en 1995) n'est pas encore en activité.

 

Le grand radiotélescope

 C’est en 1960, que le grand télescope est construit sous l'impulsion d'André Danjon, directeur de l'astronomie en France et de Jean-François Denisse. La construction en est confiée à la Compagnie Française d'Entreprises (C.F.E.) et à son directeur industriel Jean Roret. Du fait des contraintes de précision, il est d'abord décidé de construire un cinquième de l'ensemble prévu : il s'agit de la partie centrale (c’est cette partie que l’on voit dans « La grande oreille ». Le radiotélescope est inauguré le 15 mai 1965 par Charles de Gaulle, président de la République et Christian Fouchet, ministre de l'Éducation nationale.

Parmi ces images nous avons reconnu avec l'aide d'un ancien technicien, Christian Couteret, entré à la station en 1957 et qui y fera toute sa carrière, les personnalités suivantes et sur lesquelles on se doit de s'étendre.

Emile Le Roux qui prépare en 1955 sa thèse de radioastronomie sous la direction active de Jean-François Denisse, entre l'ENS et l'Observatoire de Paris. Avec la collaboration de Jean Delannoy, Bernard Morlet et James Lequeux, qui préparent leur diplôme d'études supérieures, Emile Le Roux étalonne l'antenne qu'il a construite : celle-ci est équipée du miroir parabolique d'un ancien radar allemand "Wurtzburg". Le problème est de mesurer, en valeur absolue, le rayonnement des étoiles (longueur d'onde 33 centimètres). Pour éliminer le bruit de fond du récepteur, Emile Le Roux a l'idée d'étalonner le signal reçu en effectuant des séries de mesures dans toutes les positions de l'antenne, du zénith à l'horizon, et en se servant du sol comme référence de rayonnement. Une fois le bruit de fond soustrait, il reste un rayonnement uniforme et très faible : le signal des étoiles. Emile Le Roux consigne cette observation dans sa thèse, qu'il soutient en 1956... Et ne publie pas. Il pense à autre chose : le mystère de la particule élémentaire. Pourquoi l'électron libre ou l'atome au repos, ne diffusent-t-ils aucun rayonnement ? Quelle est leur structure ? Dépassant le macrocosme, l'univers, Emile Le Roux entre dans le microcosme, la particule élémentaire, abandonne Paris et l'astronomie en 1964 pour se consacrer à la physique théorique à Rennes, passant ainsi vraisemblablement à côté du Prix Nobel.

 

Sur ces images on voit également Pierre Encrenaz (1945-xxxx), aujourd’hui membre de l’Académie des Sciences - Institut de France, chercheur au Laboratoire d’Etude du Rayonnement et de la Matière en Astrophysique (LERMA – UPMC-CNRS-Observatoire de Paris-ENS-Université Cergy Pontoise), responsable de la collection de cours de physique de l’UPMC et fondateur du programme « Sciences à l’école » - dispositif du Ministère de l’éducation nationale. Mais encore Jean Delannoy (1931-xxxx) et Mukul Kundu (1930-2010) alors jeunes étudiants à l’Ecole Normale Supérieure de Paris.

    

   

D'après nos recherches, de gauche à droite : Jean-Louis Steinberg, Emile Roux, Jean Delannoy, Pierre Encrenaz, Mukul Kundu, Emile Jacques Blum (3e à partir de la gauche), le laboratoire (où? qui?), l'inconnue au fichu (?) . Nous sommes preneurs de toutes informations complémentaires. Si par exemple, vous reconnaissez des personnes à l'image (ex. : nous n'avons aucune information concernant cette femme brune portant un foulard, il s'agit pourtant probablement d'une scientifique).