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Publié le 14 Mars 2017

La beauté cachée du lait

À la fin des années 1950, André Godard, directeur de la laiterie de Brou, et Roland Prabonnaud, cadre dans le même établissement, utilisent un moyen moderne de communication : le cinéma. Ils veulent montrer la modernisation du traitement du lait, nécessaire pour répondre à une production et une demande toujours plus importantes.

 

En 1899, Achille Hauser, médecin en région parisienne, crée les Laiteries Hauser pour encadrer la collecte de lait en province, au départ afin de nourrir Publicité des Laiteries Hauserles pensionnaires de son hospice. Devenues Laiterie Hauser en 1922 sous l'égide de son nouveau président, Armand Hauser, frère du précédent, l'établissement commence à développer des magasins à l'enseigne Laiterie parisienne - du Producteur au Consommateur. Ce n'est qu'en 1940, suite à une assemblée générale extraordinaire des actionnaires, que la société anonyme prend définitivement le nom de La Laiterie Parisienne.

L'implantation des laiteries Hauser en région Centre-Val de Loire commence dès 1900. Située sur une propriété appartenant à Émile Baudin, ancien maire du village, celle de Brou est officiellement ouverte le 29 janvier 1911, mais sa mise en service est en fait effective dès 1905. Plus tard, entre 1933 et 1937, une nouvelle usine plus moderne sera construite.

Le lait, un produit de plus en plus courant

Au cours des années 1950, la production de lait augmente fortement sur le territoire français.

En 1954, le président du Conseil, Pierre Mendès-France, est inquiet des effets des carences nutritionnelles de l'après-guerre et de la consommation d'alcool précoce des français. Le 18 septembre à la radio, il annonce aux enfants des écoles la distribution quotidienne d'un verre de lait sucré pour être "studieux, solides, forts et vigoureux" (cette décision s'applique également aux jeunes soldats).

Si "il n'y a pas de meilleur placement pour un pays que de mettre du lait dans ses enfants", selon Winston Chruchill, cette décision cache une autre réalité : il faut écouler les excédents de lait dont la production a fortement augmenté en raison d'évolutions marquant l'agriculture française.
Ainsi la motorisation de l'agriculture porte un coup sérieux à l'élevage du cheval de trait et, dans beaucoup d'exploitations, il est remplacé, en tant qu'utilisateur des ressources fourragères, par la vache laitière. Elle est aussi de plus en plus préférée à la brebis et à la chèvre car sa période de lactation est plus longue, la vente de son lait permettant ainsi tout au long de l'année d'assurer la trésorerie courante d'une exploitation. Enfin, les petites vignes à faible rendement sont abandonnées devant la concurrence des vignes à haut rendement des plaines méridionales de la France et laissent le plus souvent place à de l'herbage destiné à l'alimentation de troupeaux laitiers.

Des évolutions de société nécessitant une évolution technique

La laiterie de Brou en 1953

Pour répondre à cette hausse de la production de lait sur le territoire français, il faut passer d'un modèle artisanal à une production de masse. Sous l'égide de monsieur André Godard, et avec l'aide du plan Marshall, la laiterie de Brou se modernise donc durant les années 1950.

De gauche à droite, Aloys Wolf, directeur de la laiterie de Fontaine -Simon, Louis Descours, PDG de La Laiterie Parisienne, et André Godard, directeur de la laiterie de Brou et réalisateur du film sur celle-ci.

La combinaison des camions et des trains permet de faire tourner à plein le réseau de collecte et d'acheminement du lait, même si la modernité entraîne aussi des problèmes comme le montre le camion renversé dans un fossé.

Mais les plus fortes modernisations ont lieu au sein même de la laiterie.
Le premier élément à être optimisé est l'arrivée même du lait dans l'établissement. Le "quai d'hier", où l'ensemble du travail se fait à la main, du vidage au lavage des bidons pesant jusqu'à 50 kgs, disparaît au profit d'un circuit sur rail. Les ouvriers installent les bidons sur cette chaîne, ôtent les couvercles au-dessus du bac de récupération puis le bidon, une fois vide, continue d'avancer vers la laveuse.
L'autre activité impactée par la modernisation est l'embouteillage. La laiterie de Brou est l'une des premières, en France, à mettre le lait en bouteille et en tétrapack (emballage de forme tétraédrique crée en 1943). Dès 1950, deux chaînes d'embouteillage sont installées dans l'établissement et une chaîne de tétrapacks est mise en service. Si la mise en casier et le chargement des bouteilles restent manuels, l'automatisation de la chaîne d'embouteillage permet tout de même de sortir jusqu'à 110 000 bouteilles par jour.

La laiterie de Brou a définitivement fermé ses portes le 31 janvier 1986 mais, grâce au regard d'André Godard, son activité perdure dans notre mémoire...