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Publié le 23 Janvier 2018

En rythme, Majorettes !

La tradition des défilés de Majorettes nous vient des Etats-Unis, mais la France en a rapidement et avec passion, adopté la coutume depuis la fin des années 1950, comme en témoignent de nombreux films amateurs.

L’origine de la majorette remonte en Amérique, au début du XXe siècle. À l’époque, les fanfares sont souvent précédées par un homme, nommé tambour major, qui tient un bâton dans sa main lui permettant de rythmer la marche et de donner le tempo. Vers 1900 on voit apparaître une première petite fille, puis une femme à cheval, menant la fanfare bâton en main et cassant ainsi la tradition machiste de l'homme qui dirige. Elles adoptent le nom de tambour majorette, puis rapidement celui de majorette. Mais ce n'est qu'en 1927 environ que Mabel, jeune américaine à qui l’on demande de remplacer le tambour major absent, va créer l'évènement et sous les yeux émerveillés des spectateurs, lancer son bâton en le faisant tournoyer dans les airs.

                  La Majorette est née !     

 Le lancer du bâton et ces différentes figures devient ainsi une discipline propre. À partir des années 1960 de nombreuses associations de majorettes se créent dans les villages français, et mettent en place, en partenariat avec les fanfares, une véritable petite industrie du spectacle en proposant d'animer les événements de leur commune. Le passage des majorettes, dont la tenue rétrécit au fil des années, fait partie de l'attraction favorite des spectateurs. Elles portent dès les débuts une jupette assez courte pour ne pas empêcher leurs mouvements de jambes, un chapeau haut, parfois muni d'une plume qui rappelle celui des soldats d'Empire - clin d'oeil à l'origine militaire des défilés- et aux pieds, des bottines souples et légères.    

À Vatan dans l'Indre, c'est en 1967 que va naître l'association "Les majorettes de Vatan" qui, durant 50 longues années, va voir défiler et voyager dans les communes alentours, plus de 300 majorettes. C'est certainement après avoir vu sur la base de Châteauroux, défiler les jeunes américaines, que l'idée a germé dans l'esprit de mesdames Jusserand, retraitée, et Moulin, sage-femme. 

  

 La toute première représentation a lieu au stade de Vatan pour l’animation du banquet des donneurs de sang. Elles sont vêtues de jupettes blanches, bâtons en bois, chapeaux en carton et papier rouge. Pour le souvenir, un orage éclate faisant déteindre les hauts de formes sur nos pauvres petites miss. Mais la journée est un succès et très rapidement le club évolue de façon fulgurante. Les jeunes vatanaises répondent à l'appel, suivies par les parents et amis, et forment ainsi une association de plus de 120 bénévoles. Les Minirettes se présentent dès 6 ans, encadrées par leurs parents, pour suivre des répétitions qui occupent pratiquement tout leur temps libre et appliquer des règles de conduite très strictes. Ce sont ces parents qui, tout en encadrant les répétitions, spectacles et sorties, ont réalisé de petits reportages nous permettant ainsi de revivre 50 ans d'une pratique culturelle ancrée dans la mémoire collective.

La première sortie se fait à Saint-Christophe en Bazelle, en 1967. Lucien et Marie-Jeanne Grisez n'ont pas d'enfants mais sont proches d'un ami, dont les trois filles sont majorettes, alors ils accompagnent et filment cette première sortie ainsi que le gala organisé dans le cinéma de Vatan. S'en suivront au fil des ans de nombreux déplacements lors de fêtes communales, carnavals, comices agricoles, à travers toute la région et parfois même au-delà. Chaque représentation est rémunérée par les villages qui accueillent. Ce qui permet ensuite de payer les couturières pour les costumes, le bus, le logement et les repas des bénévoles. Cette vie "d'artiste ambulant" a permis à de nombreux jeunes gens de sortir de leur petite commune, de se rencontrer, parfois de flirter, toujours sous la protection des animateurs, mais au moins de s'émanciper en voyant du pays !

A partir de 1972 et jusqu'en 1984 a lieu, toutes les années paires, un festival de majorettes sur le stade de Vatan, avec la venue d’autres groupes de l’Indre comme Pellevoisin, Argenton, Issoudun, Vierzon, Foecy ou Saint-Amand, voire de plus loin comme Limoges et Le Mans. Tous ces évènements ont été filmés par le couple Grisez mais aussi par messieurs André Lacombe et Ferdinand Meunier à la fois pour leurs filles mais surtout pour faire perdurer le travail et le souvenir de cette étonnante association vatanaise.

Le village de Vatan n'est pas un cas unique, de nombreuses communes en région Centre-Val de Loire et ailleurs ont eu leur groupe de majorettes, que vous pouvez découvrir au travers des dizaines de films amateurs visibles sur le site Mémoire. À chaque cavalcade elles entrent dans la danse, à Ouzouer-le-Marché, Loches, Château-Renault, Boigny-sur-Bionne, Cluis, Verdes, Reuilly, Senonches, ... Et bien d''autres !

 

                                                                     

Bien que l'association de Vatan se soit arrêtée en 2017 faute de participantes, de nombreuses fédérations de majorettes existent dans les plus grandes villes. Elles sont regroupées au sein d'associations ou de formations et défilent à l'occasion de fêtes publiques, organisent des galas et participent à des championnats. Plus modernes elles sont habillées parfois comme les gymnastes avec justaucorps et jupes. On trouve par ailleurs de nombreux garçons. La chorégraphie consiste toujours en grande partie à faire tournoyer le bâton, mais elle peut aussi comprendre de véritables mouvements de danse et d'acrobaties. Il existe également la pratique du twirling bâton, de la gymnastique avec un bâton. Le dernier Championnat de majorettes de France a eu lieu à Montrichard dans le Loir-et-Cher réunissant des groupes de la France entière, le Championnat d’Europe s'est tenu en Croatie.