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Publié le 27 Août 2012

Jean Rousselot et les Studios de La Celle-Saint-Avant

Des studios à La Celle-Saint-Avant ? Avec humour, c'est ainsi que Jean Rousselot désigne sa table de travail dans le générique de ses films des années 1960. Patient cinéaste amateur, il fait ses premières armes en pleine Seconde Guerre Mondiale et chronique la vie dans le sud de l'Indre-et-Loire jusqu'au début des années 1970. 

Embarquement immédiat

 Jean Rousselot est né à Sainte-Maure de Touraine en 1917. Son enfance s'est déroulée au rythme des changements d'affectation de son père, chef de gare à la SNCF. Les trains sont présents dans toute son oeuvre de cinéaste. En 1949, sous le titre La Mort du CFD, il filme les derniers trajets et le démontage de la ligne Loches-Le Grand Pressigny exploitée par la Compagnie des Chemins de fer départementaux. En 1951, il retourne à Bléré et La Croix-en-Touraine où son père fut en poste, et filme la gare et ses abords...

Des débuts dignes d'un film hollywoodien... 

 Avant-guerre, l'adolescent fait ses premiers essais de cinéma avec un appareil prêté par une amie de sa mère, mais c'est grâce à une mésaventure survenue à son père qu'il obtient sa première caméra. En 1940, le chef de gare aide un riche commerçant à faire passer un wagon de marchandises vers la zone Sud. L'homme d'affaire remercie la famille en offrant à Jean Rousselot tout  un équipement en 9,5 mm, ainsi qu'une réserve de pellicule pour toute la guerre. C'est avec ce butin que Jean Rousselot filme les ruines de Tours en 1940, la ligne de démarcation à La Haye-Descartes, les destructions à Maillé après le massacre, les résistants du maquis pressignois et les jours qui précédèrent et suivirent la Libération. En 1945, Jean Rousselot rassemble et monte les films touchant à l'Occupation et à la Libération en un film qu'il intitule L'Histoire de chez nous 1940-1945. Plusieurs années après, il ajoute un commentaire sur bande magnétique qu'il lit et enregistre lui-même.

Les enfants d'abord

Jean Rousselot n'a jamais vécu de sa passion pour la photographie et le cinéma. Il devient instituteur  avant-guerre. Il est nommé au Grand-Pressigny en 1938, puis à Abilly en 1942 et enfin à La Celle-Saint-Avant en 1955 où il termine sa carrière à la fin des années 1970. Dans chaque village, l'enseignant est connu pour ses méthodes d'avant-garde. Il organise des classes de plein air avec les enfants, comme en 1947 à Abilly. Il fait participer les écoliers à la fabrication d'un film et leur explique les premières bases du trucage au cinéma dans La Baguette Magique. Sa caméra lui permet aussi d'enregistrer la vie quotidienne de ses élèves. Il fait des portraits collectifs à Abilly entre 1944 et 1947, filme les filles de La Celle-Saint-Avant en pleins  travaux pratiques en 1958 ou profite d'une année de neige en 1960 pour filmer, monter et sonoriser les jeux des enfants (parfois dirigés) à cette occasion. 

Le coeur à Sainte-Maure-de-Touraine

Très attaché à ses parents qui vivent à Sainte-Maure-de-Touraine jusqu'à leur décès, Jean Rousselot filme très souvent la commune. Pendant la guerre, il filme les bombardements à la gare de Sainte-Maure-Noyant. En  1950, il suit sa mère, reconnaissable à son fichu bleu, à travers les étals du marché de la commune. En 1947, il est présent avec sa caméra quand les travaux d'adduction d'eau passe par la rue Auguste-Chevalier. En 1952, il fait le portrait des habitants de la rue de l'huilerie, où vit sa mère, et filme également la cueillette des cerises sur le terrain de Mme Lelarge, qui tient la quincaillerie de Sainte-Maure.

Une passion communicative

L'enthousiasme de Jean Rousselot est communicatif. Il encourage ses amis (ou ses élèves devenus grands) à faire l'acquisition d'une caméra, leur prodigue des conseils et monte même leurs prises de vues. Certains projets naissent de ses amitiés. En 1945, Pierre Bréchat, instituteur à Neuilly-le-Brignon développe avec Jean Rousselot le projet d'un documentaire présentant les ressources agricoles de sa commune pour pouvoir le présenter en classe aux élèves à qui il dispense un  enseignement agricole. Il organise aussi des tournages à plusieurs caméras comme pour les cinq films tournés pour le comité des fêtes de Draché entre 1963 et 1970 (MM. Pineaux, Carpy et Terrasson y sont crédités comme opérateurs). Jean Rousselot réalise aussi des films pour son entourage, des films de mariage qu'il offre aux jeunes mariés, des films pris sur ses lieux de vacances qu'il offre aux familles qui l'accueillent... 

Jean Rousselot tourne des films avec sa caméra 9,5 mm jusque dans les années 1990. Il s'éteint en 2003 à l'âge de 86 ans. 

De nombreux films de Jean Rousselot sont aujourd'hui perdus. Beaucoup ont été donnés à des amis, notamment les films de mariage. Si vous conservez chez vous un film réalisé par Jean Rousselot, contactez-nous !