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Publié le 12 Novembre 2015

Jacques Griffon, la passion du cinéma

En septembre dernier, Jacques Griffon, un des premiers déposants du Pôle Patrimoine de CICLIC et pourvoyeur de nombreux fonds indriens, est décédé à Châteauroux à l'âge de 95 ans.

Conseiller d'éducation populaire à la Direction Départementale de la Jeunesse et des Sports, il crée en 1972 l'Office Départemental d'Animation Socio-Éducative (ODASE). Mais il est avant tout un grand passionné de cinéma qui aura traversé le XXe siècle caméra à la main.

L'aventure commence en 1936. Au collège de Lourdoueix Saint-Michel, un ami lui prête une caméra Pathé 9,5mm à manivelle. Dès lors, il commence à tourner ses premiers films avec le souhait de conserver une mémoire en images.

  Des débuts en temps de guerre

Envoyé dans un chantier de Jeunesse en 1941, il trouve le moyen, alors qu'il doit être au garde-à-vous dans les rangs, de sortir sa caméra pour ramener des souvenirs. Il allie ainsi son histoire personnelle et la grande histoire. Car, si avec la guerre la pellicule est très difficile à trouver, il parviendra tout de même à tourner de précieuses images tant historiques, comme la visite du maréchal Pétain à Châteauroux en mai 1942, que familiales, comme une excursion à Palluau-sur-Indre en août 1942, véritable moment de détente au milieu des turpitudes de la Seconde Guerre mondiale.

Une caméra pour la mémoire locale

 En 1946, il rassemble ses économies et achète une caméra 8 mm Paillard. Souffrant d'une tuberculose pulmonaire nécessitant beaucoup de repos et le laissant donc sans occupation, il se promène avec cet appareil nouvellement acquis pour saisir chaque instant et chaque lieu qu'il croise.
Ainsi, en 1948, il s'arrête par hasard à Oradour-sur-Glane. Bouleversé par ce qu'il voit et impressionné par le silence, il filme et fait un montage spécial rendant merveilleusement compte du choc qu'il a subi.

 Durant les années 1940 et 1950, Jacques Griffon filme des instants familiaux, comme le mariage de sa soeur, mais aussi  et surtout de nombreux évènements de la vie locale : la venue du cirque Pinder (véritable reportage sur l'arrivée et l'installation d'un cirque dans une ville), les fêtes traditionnelles locales telles que la foire de Cluis, l'arrivée du Père Noël à Châteauroux ou la visite officielle du Général de Gaulle.
Co-fondateur des Fêtes romantiques de Nohant en 1968, il a également mis sa caméra au service des traditions locales en filmant le travail d'un luthier, une édition du festival folklorique des Grandes Poteries ou en suivant un groupe folklorique berrichon lors de son séjour au Canada.

Le Caméra Club de l'Indre

Jacques Griffon aime aussi mettre son savoir-faire et sa caméra au service des autres. Ainsi en 1949 il filme, à l'aide de sa caméra Pathé Webo 9,5 mm, les acteurs castelroussins de la Comédie de la Vieille Prison et effectue un travail fastidieux de montage pour réaliser une mise en images de la chanson La Queue du Chat des Frères Jacques.

Les membres du Caméra Club de l'Indre

Mais la date marquant son souhait de travailler en équipe est 1947. Cette année-là, il se lie d'amitié avec un autre cinéaste amateur, Jean-Baptiste Drevet. Ensemble ils fondent le Caméra Club de l'Indre. Celui-ci ne tarde à pas attirer d'autres cinéastes amateurs locaux et, au plus fort de son activité, l'association comptera une centaine d'adhérents. Outre les échanges de conseils pour s'améliorer techniquement, le Caméra Club édite une revue et convie qui le veut à ses séances mensuelles dans ses locaux du parc Hidien.
Dans ce cadre, Jacques Griffon s'emploie à conserver non seulement ses propres films mais aussi ceux de ses amis et des membres du caméra club. Avec ces films, l'éventail de la mémoire filmique de Châteauroux s'élargit considérablement. Il comprend ainsi, parmi tant d'autres, des images de la base américaine, du centenaire du lycée Giraudoux ou encore des scènes de pêche en Brenne.

Jacques Griffon et les Archives audiovisuelles de la région Centre-Val de Loire

Ce souci de conservation de la mémoire vivante d'une région le pousse, dans les années 1990, à lancer un appel à tous les cinéastes amateurs de l'Indre pour contituer une filmothèque, en partenariat avec les Archives départementales. Si cette action pionnière en faveur de la conservation du patrimoine cinématographique local ne lui permet pas de récupérer beaucoup de films, il sait par contre dorénavant qui en possède et où ils se trouvent.

Alors en 2006, lorsque se constitue le Pôle Patrimoine de CICLIC à Issoudun, il en est non seulement l'un des premiers déposants mais il en devient également un partenaire privilégié pour localiser, collecter et sauvegarder de nombreux fonds de réalisateurs indriens. Cette riche collaboration est symbolisée par la carte blanche qui lui est offerte à l'occasion de la première édition des rencontres Retours vers le futur en 2007, séance durant laquelle il propose au public un voyage à travers le cinéma castelroussin et indrien.

Merci Jacques.